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John Peter B. – Micro-nouvelles et divers !

août 18, 2009

photo 4 …. Concours Née Bulleuse !

Filed under: Micro-nouvelles — John Peter B. @ 1:42
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Mais pourquoi mes jambes se sont-elles coincées comme ça.

Raides comme des piquets. Plus moyen ni d’avancer, ni de reculer. En me penchant un peu, je peux voir par-dessus le parapet, mais, juste une légère torsion du bassin, pas plus.
Je peux me pencher, déjà pour essayer de bouger mes jambes à la main. Rien à faire. Elles sont comme collées à l’asphalte, la rotule fait bloc.
Je pensai, en me penchant plus, être déséquilibré. Seule, une violente douleur me vrille le bassin, remonte le long de la colonne, me force à me redresser. Mes jambes n’ont pas bougé, elles !

Je me tourne vers un jeune femme qui passe, une jolie métisse. Elle pense que je veux la draguer, sans doute, détourne le regard, fait comme si elle ne m’avait pas vu. Mais quelle conne. Elle n’a pas vu que je n’ai pas bougé d’un pouce tout le long de son avancée à ma rencontre, depuis le début du pont.
Quelle prétention ! Elle imagine sans doute que tous les hommes restent immobiles, comme des arbres en terre, du plus loin qu’ils la voient arriver. Elle doit penser que sa beauté et ses attraits physiques figent les êtres, hommes, femmes, chiens, guêpes…

En parlant de guêpes, celle-ci qui me virevolte autour me met mal à l’aise.

J’agite les bras, presque convulsivement, mais, elle revient à l’attaque. Je ne peux pas courir ! c’est pourtant ce que j’aurais fait, en temps normal, j’ai une peur panique de ce genre de bestiole. Je suis allergique aussi, je crois. Pas sûr ! Aucune n’a réussi à me piquer, jusqu’à ce jour.
Il faut un début à tout. Elle s’est posée, vive, décidée, m’attaque, m’enfonce un dard virulent, pointu et assassin. Je tape mon cou de la main droite, elle est déjà partie. A peine si je la frôle.

Le pont est désert, la nuit tombe doucement. Je suis coincé là depuis bientôt six heures. Je ne sens plus mes jambes. Je ne les sentais déjà plus quand elles se sont bloquées, mais, j’avais mal au bassin.
Je ne sens plus rien jusqu’au thorax. La paralysie semble s’être étendue au dessus du ventre. Je veux me tourner doucement pour vérifier, rien à faire. Je peux juste bouger les épaules. Et encore, pas beaucoup. Je tourne la tête, par contre, désespérément, cherchant du regard une âme qui vive, compatissante. A cette heure-ci, tout le monde est devant son écran de télévision.
Je suis perdu.

La nuit fut longue, très longue.

Au matin, un chien leva la patte sur moi, urinant un jet que je devinais chaud contre la jambe. La carriole de l’agent de voirie me heurta. Il s’arrêta, et frotta une allumette contre mon dos pour allumer sa cigarette. Je voulus crier, l’appeler, l’alerter, mais aucun son ne sortit de ma bouche.
Elle ne s’ouvrait presque plus, d’ailleurs. Je tentai de regarder mes pieds, sans réussir.
Ma tête, mon cou étaient raides comme dans un bloc de ciment.
Je fermai les yeux, les rouvris une dernière fois pour photographier ce que je pensais être la dernière vision d’un monde qui n’était plus le mien. Un pigeon se posa sur mon épaule. La fiente qui coulait le long de mon bras ne me dérangeait plus.
Plus rien n’a d’importance, maintenant. Je suis scellé à ce pont, pour l’éternité.

Au moins jusqu’à la destruction de ce pont !

Michel s’arrêta un moment pour contempler l’eau qui glissait entre les piliers si massifs de ce pont de pierre qu’il empruntait tous les jours depuis son enfance. Il connaissait chaque pierre, chaque relief de l’eau pourtant changeante. En se relevant, il remarqua la statue blanche et grise, tellement réaliste. Il pensa aux œuvres de Duane Hanson, mais imaginait mal sa municipalité dépenser une somme qu’il devinait folle, pour orner un vieux pont de pierre.
Il prit un peu de recul, admira la qualité du moulage, la subtile teinte rose des joues, la polychromie magnifique de l’ensemble.

Puis, il se décida à aller au bureau.

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1c/Duane_Hanson_Drug_Addict_Louisiana_1975.jpg
Duane Hanson
Drug Addict

des personnages en fibre de verre et résine, moulés à même le corps de ses modèles.
Décèdé à l’age de 71 ans, le 6 janvier 1996, duane fait partie du mouvement hyperréaliste couvrant des sujets comme le racisme, la pauvreté, la guerre, la maltraitance, sa lucidité n’est ni complaisante ni misérabiliste.


duane hanson

Une partie de ses œuvres seront visibles à la galerie Emmanuel Perrotin à paris jusqu’au 11 juillet. (c’est un peu tard .. mais bon)

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